Le Conseil Scientifique de Wikimedia France, une danseuse ?

Par Nicolas.

Le conseil scientifique de Wikimedia France a été créé en janvier 2015. Sa présentation est très poilante: « pour proposer un regard extérieur qui enrichisse la réflexion et évite de penser en vase clos qui peut être asséchant » (syntaxe hasardeuse, ils auraient pu se relire tout de même !). Ceci rame bien à contre-courant de la grande tradition anti-experts des wikipédants.

La présence de Dominique Cardon, sociologue au laboratoire d’Orange Labs et professeur associé à l’Université de Marne-la-Vallée qui s’est fendu d’une étude particulièrement peu informée — ou carrément mensongère ? — sur Wikipédia, interpelle.

Car Orange et Wikimédia France, c’est une vieille histoire. Une article de Numérama remet les pendules à l’heure:

« [Orange] a créé en 2009 son propre miroir de l’encyclopédie, sous l’adresse wikipedia.orange.fr, et un autre sous la marque de sa filiale Voila, sur encyclo.voila.fr. Le principe des deux miroirs est identique. Il s’agit à chaque fois de proposer une copie conforme du contenu de Wikipédia, en ajoutant dans l’interface des espaces publicitaires absents de l’encyclopédie originelle, ou des liens menant aux autres contenus des portails. L’opérateur veut ainsi capitaliser sur du contenu qu’il n’a pas produit […] pour en tirer des recettes publicitaires. […] Non seulement l’opérateur copie Wikipédia, mais en plus il impose à ses moteurs de recherche de remplacer les résultats devant mener au site officiel de Wikipédia par son propre miroir. […] Ainsi non seulement Orange copie Wikipédia, mais il prive ce dernier de la visibilité qu’il mérite, pour s’assurer que seule la version où il ajoute ses publicités sera vue.»

Une analyse bien différente du communiqué de presse soporifique préparé par Kropotkine 113, administrateur et (ancien ?) membre du Conseil d’administration de Wikimédia France, qui cache farouchement son identité.

Creusons du côté orange de la force … Dans le Conseil d’administration de Wikimédia France, on retrouve Edouard Hue (il utilise sa véritable identité sur sa PU), ingénieur en informatique chez … Orange Applications for Business qui a bien entendu son article sur Wikipédia.

Dans l’équipe salariée de Wikimédia France on trouve également un certain Mathieu Denel qui, après un stage de ‘consultant junior e-Réputation & Social Media’ chez « 910 », commence à travailler à la veille concurrentielle chez Orange division HealthCare. Il passe ensuite chez « Self IMage », société de relation publique sur internet, en tant que ‘Consultant Relations Publics Digitales & Social Media’; chez W&Cie (Groupe Havas), il est ‘Analyste e-Réputation & Social Media’. Fort de ce bagage de manipulation sur internet, il arrive chez Wikimédia France au poste de ‘Chargé de Mission Sensibilisation & Evaluation’. Le nom de son blog GreyHat (qui n’est plus accessible) est en rapport avec la sécurité sur internet: il s’agit d’un hacker ou d’un groupe de hackers, qui agit parfois avec éthique, et parfois non … comme sur Wikipédia !

On trouve une trace plus profonde encore en comparant les statuts de Wikimédia France entre 2004 (année zéro) et ceux d’octobre 2014.

2004:

« Buts 2.1 Pour contribuer activement à la diffusion, à l’amélioration et à l’avancement du savoir et de la culture, WIKIMÉDIA FRANCE a pour objet le développement d’encyclopédies, de recueil de citations, de livres éducatifs et d’autres compilations de documents, d’information et de diverses bases de données informatives, notamment en langue française et langues régionales française, qui ont pour caractéristiques :
• d’être entièrement gratuits ;
• d’être disponibles en ligne par les technologies de l’internet et assimilées ;
• de disposer d’un contenu libre, mis à disposition du public par ses auteurs grâce à un contrat de mise à disposition libre, en application des dispositions du Code de la propriété intellectuelle. »

En 2014, on opacifie:

« Article 2. – But et Moyens d’actions
Cette association a pour but le soutien de la connaissance libre notamment au travers des projets Wikimédia. »

La référence aux langues régionales disparaît, l’obligation de gratuité également: Orange est passé par là.

Après ce passage chez le très commercial Orange, poursuivons avec les autres membres du « Conseil Scientifique ». On y trouve Henri Verdier, directeur d’Etalab, Chief Data Officer de la France. Kesako ? Un service du Premier ministre français créé en 2011, chargé de créer un «portail unique interministériel des données publiques» françaises et en particulier des «données stratégiques et de qualité». Et bla bla bla … Vous vous souvenez du psycho-drame de la DCRI qui s’était terminé par une convention secrète entre Wikimédia France et la DCRI pour que des révélations fâcheuse sur des secrets défense ne se reproduisent plus ?

Vient Camille François, experte en cybersécurité, dont la présentation succincte ne dit pas qu’elle pantoufle entre privé et public, occupant jusqu’en juillet 2015 le poste de conseiller à l’Etalab du sieur Verdier ci-dessus après être passée chez Google et Mozilla, l’Assemblée nationale, l’OTAN et même de la consultance pour le gouvernement étasunien !

Puis on retrouve Louise Merzeau, récompensée pour son servile « Wikipédia, objet scientifique non identifié », avec Lionel Barbe et Valérie Schafer (Paris, Presses de Paris Ouest, 2015 — mais basé sur un colloque de 2013 — et disponible gratuitement ici).

Vient Frédéric Martel, un proche de Manuel Valls et chantre du web 2.0 sur France Culture avec l’émission Soft Power. Caroline Fourest, qui avait quelque peu malmené Rémi Mathis sur France Inter, n’a pas été sélectionnée.

On ne présente plus l’admin Rémi Mathis, ancien président de Wikimédia France, obscur bibliothécaire, qui ne doit sa gloire éphémère qu’à l’opportunisme dont il a fait preuve aux débuts balbutiants de WP:fr et son titre de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres à sa compromission avec la DCRI.

Outsiders dans ce panier, Laurent Le Bon et Cédric Villani ne semblent être là que pour le prestige du décor: l’association au nom Picasso (versement d’un fonds d’images en vue ?) et à la médaille Field.

Six hommes et deux femmes, tous « blanc » de peau et un peu geek: on est comme sur Wikipédia.

Wikimédia France s’est donc payé une danseuse avec un très mince vernis de respectabilité qu’il est très facile de gratter et qui fait bien rire quand on repense au « pour proposer un regard extérieur qui enrichisse la réflexion et évite de penser en vase clos » qui, a posteriori, confirme la bonne blague qui n’a, vous vous en doutez, rien produit depuis un an.

Nicolas, 06/03/2016, ce site (modifié le 10 avril 2016).

Post-srciptum 31/05/2017: toujours aucun signe d’activité de cet organe de Wikimédia France encore mis en avant sur le nouveau site de l’association (pdf).

 

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4 commentaires pour Le Conseil Scientifique de Wikimedia France, une danseuse ?

  1. Ping : Les journalistes du Monde interdits de jouer à Wikipédia | Wikibuster : Les dessous de Wikipédia

  2. Ping : L’auto-promotion sur Wikipédia. 3 Canonisation encyclopédante entre potes (1) | Wikibuster : Les dessous de Wikipédia

  3. Ping : La poule Wikimedia est sans tête… mais elle court toujours | Wikibuster : Les dessous de Wikipédia

  4. brice dit :

    Le m’as-tu-vu, l’opacité et le copinage. Wikimédia/Wikipédia fonctionne bien comme la plupart des organisations actuelles (en particulier politiques). On promeut ses intérêts. Que c’est désolant. Et une démonstration de plus.

    Amicalement.

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