2013 : Le retour de Diderot ?

Diderot.fr
Diderot.fr, « Moteur de recherche dédié aux Lettres et Sciences Humaines ».

Cette dernière décennie un phénomène de médiocrité massive s’est emparé du web : Wikipédia. Cela sera étudié par les sociologues mais on peut déjà à notre niveau avancer des explications. Les raisons de ce succès sont multiples, il y a la gratuité du site à mettre en regard du prix élevé des encyclopédies papiers depuis détruites ainsi que la facilité d’accès grâce au web. Il y a aussi l’opportunisme de Google qui faute d’avoir anticipé le concept et devant son échec à faire vivre sa propre « encyclopédie populaire » Knol s’est rallié à « l’Encyclopédie libre » en la mettant systématiquement en avant. Google y trouve un intérêt évident, il compense la faiblesse de ses recherches sur le web et en tire des revenus publicitaires en amont, au point de se permettre le luxe de faire des « dons » à Wikimedia allant jusqu’à 2 millions de dollars par an. Du point de vue idéologique le discours de Wikimedia a plu, on y met en avant le désintéressement et « l’humaniste » des contributeurs, le vocabulaire pseudo-religieux est repris avec succès : « partage », « communauté », « don »… D’un point de vue politique on surfe également sur la vague du « libre » et l’hostilité d’un grand nombre de gens au « monde marchand », peu importe qu’en réalité la démarche soit foncièrement « libertarienne », comprendre « libérale » et qu’au final Wikimedia qui prétend que la publicité est « contraire à ses valeurs » signe un « partenariat » avec Orange et partage les bénéfices de cette opération commercialisation de Wikipédia.

En 2007 le journaliste Pierre ASSOULINE titrait, navré : « Diderot ne méritait pas ça ». En effet dans l’article « La Wikipédia du XVIIIème siècle » on ne comparait plus Wikipédia à l’Encyclopédie de Diderot mais bien cette dernière à Wikipédia !

Depuis les chevilles des wikilâtres ne font que gonfler, ainsi récemment un administrateur de la pseudo-encyclopédie expliquait doctement que le concept originel d’encyclopédie n’a selon lui plus de sens pratique et que Wikipédia est à présent la norme de fait :

TIGHervé : « J’ai déjà dit que cette interrogation sur la qualité d’encyclopédie était toujours davantage ringarde. En effet, il va de soi que la proportion de personnes ayant utilisé, manipulé, lu une encyclopédie traditionnelle ne cesse de diminuer et ne cesse de croître celle pour laquelle l’identité encyclopédie=Wikipédia est une évidence et une expérience quotidienne. Autrement dit, c’est Wikipédia qui apprend ce qu’est une encyclopédie comme une sorte de synonyme et tirer au bazooka sur cette équivalence supposée usurpée, c’est juste dire qu’on est un vieux trognon. La distinction projet/réalité pourrait être analysée de la même façon. Il est pourtant assez clair qu’en matière de production collective de biens immatériels, c’est l’investissement et usage qui priment et non l’état d’avancement des choses ou leur matérialité. Considérer Wikipédia avec l’oeil d’un imprimeur qui boucle une édition ou un tirage est aussi parfaitement ringard. Chacun ses oeillères et ses vieux schémas de pensée notamment professionnels, mais on n’est pas obligé collectivement de les caresser dans le sens du poil et favoriser mollement leur vitalité défaillante. »

Pierre ASSOULINE ajoutait : « On cherche encore les Condillac, Helvétius, Voltaire, Turgot, Quesnay, Marmontel, Rousseau, Montesquieu, Buffon, d’Holbach, Dumarsais, Morellet, d’Alembert, La Chapelle, Daubenton de Wikipédia. » Six ans plus tard je mets au défi quiconque de nous présenter un seul wikipédien s’étant fait remarquer pour son talent ! Bien au contraire les « wikipédiens » pilleurs se trouvent à la pelle et ne se cachent même plus : « Wikipédia : portraits de contributeurs passionnés ».

En face de cette confusion générale des concepts et de la convergence des intérêts financiers de l’agence de publicité Google et la « fondation » prétendue humaniste Wikimedia, la résistance a été quasiment nulle. Les intellectuels et autres universitaires ont eu bien du mal à se positionner, coincés qu’ils sont dans leur rôle d’élite suspecte de corporatisme. Il faut reconnaitre que le discours marketing de Wikimedia a été redoutablement efficace et a fait taire (presque…) tous les critiques.

Pourtant avec le temps on comprend que Wikipédia restera médiocre par nature, elle terminera tout au plus comme une accumulation d’articles patchworks sans âme et peu intéressants. On sent aussi que Google produit des résultats de recherche très faibles et que Wikimedia ne rêve finalement que de devenir le web à part entière avec son dernier projet « Wikidata ». Sans aucun doute l’Internet se défendra contre cette mainmise et les idées pointent déjà.

C’est donc dans ce contexte que surgit très naturellement l’initiative Diderot.fr, « Moteur de recherche dédié aux Lettres et Sciences Humaines » qui a reçu un accueil très favorable sur le web. Ce nouveau moteur de recherche propose de mettre en avant des pages de qualité dans son domaine et déclare vouloir se démarquer de l’incontournable Wikipédia. Nous en parlerons plus en détail car ce projet promet d’être passionnant pour le renouveau qu’il peut apporter au web francophone.

Citons tout de même l’extraordinaire médiocrité de la réaction du président de Wikimedia France, qui au lieu de féliciter un nouveau venu dans le monde de l’information sur le web a préféré twitter son mépris :

Accueil réservé à Diderot.fr par le président de Wikimedia France
Accueil réservé à Diderot.fr par le président de Wikimedia France.

Nous ne terminerons pas sur une pareille déclaration d’hostilité, au contraire souhaitons à Diderot.fr un développement rapide et une longue vie !

Publicités
Cet article a été publié dans Analyses. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour 2013 : Le retour de Diderot ?

  1. Wikibuster dit :

    @Quinson : Pourquoi ne pas essayer de leur écrire par email, ils ont aussi un compte Twitter : @MoteurDiderot

  2. Quinson dit :

    @Wikibuster
    nous cherchons à connaitre les concepteurs de ce moteur (entreprise privée ? geeks se lançant dans un serious game) pour une validation possible sur notre site de notre bibliothèque universitaire. Pour le moment ça coince car nous n’avons pas d’éléments précis sur l’équipe qui a réalisé ce moteur qui nous semble être plus l’œuvre d’un travail collectif
    Nous avons aussi pu constaté une très faible communications par les canaux habituels du monde des bibliothèques et de la documentation
    Si vous avez des informations plus précises nous sommes preneur
    Cordialement

  3. Wikibuster dit :

    Même je dirais que ça doit démanger Wikimedia d’aller concurrencer Google avec un moteur de recherche collaboratif, avec de la pub en encart ils pourraient devenir milliardaires et financer tous leurs projets de libération du savoir (?)

  4. Wikibuster dit :

    @Quinson : Je vous fais une suggestion, et si c’était l’initiative personnelle d’un prof. qui s’est rendu compte qu’il y a un sérieux problème de qualité dans la gestion sans partage du web par le couple Google-Wikipédia ?

  5. Quinson dit :

    Une question : qui est derrière le projet ? une agence du type ABES ? un labex du type IDEX ou une entreprise privé…impossible de trouver une mention derrière Diderot.fr
    Cordialement
    LQ

  6. Wikibuster dit :

    Franchement nulle la réplique, pour un président d’association qui gère 1,4 million d’euros en 2013 il n’est pas à la hauteur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s