Anonymact ou l’abandon d’une révolution

Le blog ne traite pas seulement de Wikipédia, mais aussi de la partie immergée d’une idéologie plus vaste que nous pouvons sans risque appeler « commonisme », une resucée infantile de communisme selon nous. Attention le « mouvement » a aussi ses « activistes » numériques qui opèrent sur Internet et se nomment eux-mêmes… « anonymous » ! Ces adolescents attardés ne sont pas anonymes pour échapper à la police mais pour exister car en gros ils n’ont rien d’autre à dire sinon qu’ils sont anonymes. Russell Dante Holyshit leur a consacré un article en mars 2012 sur son blog « D’or et navrant » (actuellement en pause), le voici reproduit avec son autorisation.

Clownerie anonymous
Discours des attardés d’anonymous :
« Le savoir est libre. Nous sommes anonymes. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Nous arrivons. »


Anonymact ou l’abandon d’une révolution.

Dans l’ère hyperfestive que nous traversons actuellement, il n’est pas étonnant (et ainsi tout est dit) de rencontrer ces joyeux lurons, acteurs de toutes les dénonciations, qui s’activent à préparer les pitreries qui continueront d’achever, au plus grand plaisir de l’applaudimètre de l’Ordinaire, la moindre trace de révolte savante et d’intelligence sibylline. Qu’importe ce qui se présente au bureau des censeurs médiatiques sans-tabous, rien n’échappe à la joyeuse danse des bouffons, des troubadours, et des junkies de la bonne cause à défendre. Pas un seul embryon de révolution (et quand bien même on s’interroge sur la réelle teneur en « révolution » de ce mot désormais à tiroirs et double fonds…), qui ne vaille bien entendu la peine d’être pilonné par la franche pantalonnade festive, n’arrive à terme et vient à avorter par l’incroyable compétence des « Pride » et autre défenseur des libertés à consommer sur place. Par ailleurs, la célérité avec laquelle ses consommatueurs s’empressent d’effectuer les tâches que les festivocrates leurs ordonnent, prête à penser que le meurtre idéologique fait aujourd’hui œuvre d’utilité publique, à l’image de la délation et de l’opération de chirurgie plastique visant à extraire le cerveau de sa cavité.

Si venir à ces « party » correspond, dans ces esprits malades et nauséabonds, à lutter contre les lois liberticides, ou encore toute autre forme de privation des privilèges ancestraux obtenus à grand coup de guillotine sur les délicieuses vertèbres de l’Histoire, c’est bien parce qu’il y a eu confusion, à un moment ou un autre, entre s’engager et s’amuser. Il n’y a rien de plus dégoûtant que de voir une idée sombrer dans le pathétisme festif ; ce dernier tentant de rallier à sa cause les indécis ventripotents barbotant dans le confort de l’âge du fier, et les ploucs hagards avides de prouver qu’il y a bien une once d’intellect dans leur âge de la bière. Lorsqu’une cause valable met mat les inlassables lapalissades des philosophes du petit écran, ou les haines de supermarché contre l’incontestable racisme des feuilles blanches distribuées à nos bambins dans leur triste sanctuaire éducatif, l’Ordinaire s’empresse de reprendre à son compte cette remarquable estocade en y insérant ce qu’il faut de concerts et autres feux d’artifice pour mettre en échec le petit roi du royaume des lucides et son valeureux « oui, mais… ». Parmi les nouvelles réussites de nos fêtards sans conscience, il est désormais possible d’ajouter au palmarès la mise à mort de ce qui se faisait appeler « Anonymous ». Cette idée, dont l’origine et la légitimité symbolique restent sujettes à discussion (non pas que je ne sache pas duquel chapeau magique provient cet espoir effervescent, mais plutôt que les défenseurs de cette chose philosophique la tripotent avec une crainte non assumée ; la poudre et la destruction du concret font peur lorsqu’on est habitué à la virtualité sécuritaire d’un écran d’ordinateur), a réussi, non sans mal et après moult mouchages en règle, à perdre sa virginité et écarter, telles nos féministes contemporaines, les cuisses face au membre gluant et nécrosé, mais toujours diablement bien maquillé, de l’Empire du Bien.

Il n’y a pas de quoi en rire : depuis que l’humour est devenu la charpente principale des diverses réclamations de ces autistes fermés à la raison ou de ces autres programmes politiques dont nos énarques et compères flibustiers s’enorgueillissent, chaque gloussement vous rapproche un peu plus de la mort cérébrale. Il est, par conséquent, juste, sinon obligatoire, de dénoncer ces crétins en jupons multicolores, pardon, ces défenseurs d’une liberté sous un masque déjà galvaudé, quand ceux-là mêmes ignorent qu’ils enterrent leurs propres protestations au profit d’un Disneyland contestataire récréatif sous le signe du V. A dire vrai, tenter de sauver le navire ne sert à rien, puisque si l’exquise Château-La-Pompe s’invite à bord, c’est uniquement parce que ces marins d’eau douce creusent une sortie de secours à même la coque. Il est bien plus difficile de défiler en silence, tous habillés tel le symbole que l’idéologie « Anonymous » véhicule à chaque vidéo, et qui n’est autre, on ne peut sérieusement pas en rire, que le V pour Vendetta d’un « comics » éponyme, en faisant le deuil d’une liberté qui meurt sous la pression des vendeurs de culture en suppositoire, plutôt qu’en fêtant cela et ainsi définitivement exclure toute forme de crédibilité vis-à-vis de ceux qui gèrent et de ceux qui digèrent. La fête bat son plein là où les cerveaux s’ignorent : rassurez-vous, cependant, il n’y a plus personne pour y voir un mouvement intellectuel.

Cette farce, elle se lit sur le site web http://www.anonymact.fr/ [NDLR: Le site est maintenant à vendre ! (29/05/2013)]. Il n’est pas utile d’aller bien loin pour reconnaître la patte du décérébré : « Une manifestation de rue, pacifique et festive, va être organisée à Paris prochainement […]. » Bien, le mot est lancé, il n’y aura donc qu’une représentation de comédiens en manque de strass, qui prouveront dans des slogans sur pancartes à faire pâlir Rimbaud, que la rue a de la voix. Justement, on peut lire encore une fois sans pouvoir esquisser le moindre sourire : « Masqués, déguisés, maquillés, travestis, anonymes ou non, nous appelons tous les Pirates, Nerds et Geeks, Pedobears, Amateurs de Torrents, Hacktivistes, Militants des Droits de l’Homme, Citoyens désireux de défendre leur Liberté, Ressortissants ou Migrants de pays où l’Internet est censuré et filtré, Ouvriers du capitalisme cognitif, Opérateurs et Plateformes Alternatives, LOLcats, Informaticiens et Développeurs, Défenseurs du LULZ, Blogueurs, Libristes, Kopimistes, White Hats, Webdesigners, Gamers et soi-disant « No-Life », Etudiants, Passionnés, Professionnels, Amateurs, Utilisateurs, Experts… faisons descendre le web dans la rue et montrons aux censeurs que nous ne sommes pas ce qu’ils disent que nous sommes, car nous sommes tous Anonymous et que nous sommes légions. » On oublie ici les avrilopiscicophiles, les sphénisciphiles, les latrinapapirophiles, les colombophiles, ou encore les Ô combien inscrit aux abonnés absents des manifestations et autres orgiaques plaidoiries, les tyrosémiophiles. En clair, n’importe qui est le bienvenu, afin de grossir les rangs des soupapes révolutionnaires que notre génération excelle à renouveler constamment, sous les regards humides hurlants « merci » des dictateurs démocratiques et autres fourreurs de farce qui illuminent le firmament de nos nuits modernes, et forcent toujours plus notre Lune à ouvrir ses limites à l’inconcevable.

Lisez donc cet appel à la révolte pacifique, presque insignifiante, dénuée de son caractère révolutionnaire, qui se veut non-dérangeante, joyeuse, conforme aux règles qu’elle entend démettre, lisez donc, et ne riez pas, il s’agit de nos meilleurs avocats. « Ainsi nous pourrons dire aux plus jeunes et répondre à nos enfants que nous avons été présents quand on a tenté de verrouiller Internet ! ». Regardez-les s’imaginer se dresser face à leurs chars fantasmagoriques d’une place Tian’anmen virtuelle, se sentir vibrer et se flatter eux-mêmes sans qu’aucun résultat positif, tout du moins dans le sens de leurs revendications, n’ait pointé le bout de son nez. Les revoilà, nos quémandeurs de fierté, de reconnaissance. Les futurs parents, qu’ils sont beaux. Si le rire ne devient pas illégal grâce aux actes héroïques que ces funestes clowns accomplissent, j’espère que la marmaille futuriste rira de bon cœur, face à tant de bêtise, face au décès, fêté lui aussi, de l’art de réfléchir avant d’agir. Et si toute cette mascarade ne vous a pas encore fait régurgiter votre frugal repas, sachez qu’une newsletter tartine avec talent l’immense vide qu’ils osent appeler manifestation. « 4- Anonymact est festif. Navré d’en décevoir certains, Anonymact est festif. Oui, il y aura du lol, il y aura des déguisements fun, des masques comiques, des pancartes humoristiques, et même des gâteaux. Si certains s’attendaient à partir en guerre contre l’Etat l’épée à la main, c’est raté : ça n’est pas pour le 10 mars. Si par contre vous vous dites que « puisqu’on nous propose de passer un bon moment, ça sera pas intéressant », nous vous conseillons d’y réfléchir à deux fois. » Ils le disent franchement, ce n’est pas une manifestation, mais bien un carnaval, et tout le monde sait que Rio de Janeiro est connu pour les bouleversements politiques qu’entrainent chaque année ses réjouissances colorées d’avant Carême. Enfin, et puisque la mondialisation a répandu ces engeances au travers des autres pays, on nous rassure quant au fait qu’on ne sera pas les seuls « Ailleurs en France et en Europe le 10 mars prochain, s’organiseront de grandes marches dans de grandes villes », légitimant ainsi par effet de masse et de mouvement que si untel le fait, il n’y a pas de raison qu’on ne le fasse pas aussi. Je finirais de piocher au hasard dans ces newsletters aussi comiques que tristes à mourir par une dernière preuve du « je-m’en-foutisme » ambiant, où réels combattants (ce qui n’existe plus, je le rappelle) se mêlent au doux parfum de la fête populaire grâce aux interventions indispensables de « la reine du quatre quart » ou encore du « roi du cookie au chocolat noir ».

Ainsi, ces zombies qui ont les crocs, demandent encore et toujours du vivant là où il ne reste plus que la puanteur méphitique des restes d’une rave Téléthonnienne : « rendez la manifestation plus colorée, plus personnelle, plus vivante. […] certains envisagent des projections publiques de vidéos sur le sujet ACTA, des petites scènes théâtrales, des danses, des présentations musicales : pourquoi pas vous? Avis aux artistes ! » Videz là de son sens originel ! Ce n’est pas comme-ci vous combattiez des puissances qui feront tout pour anéantir vos libertés et faire de vous des pantins obéissants. Vous avez raison, faites donc les marioles, il vaut mieux s’entraîner, le véritable spectacle approche. « Anonymact est une initiative, une étincelle : c’est à vous de devenir le feu d’artifice. »

Finalement l’Homo Festivus, cher à mon regretté P. Muray, souligne et signe le leitmotiv de ces Iscariote à l’intelligence indigente : « the show must go on… »

Russell Dante Holyshit, blog « D’or et navrant », 09/03/2012

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