Les mots qui me choquent sur Wikipédia, par Christelle MEMBREY-BÉZIER

Nous sommes heureux de présenter un article de Christelle MEMBREY-BÉZIER, originellement publié sur son blog le 5 février 2013, avec son autorisation. Nous aboutissons à ses conclusions, à partir d’un cheminement sensiblement différent.


par Christelle MEMBREY-BÉZIER.

Wikipédia cherche des financements. Wikipédia cherche des contributeurs.

« Si vous êtes un enseignant dans une école ou dans une université, nous vous encourageons à utiliser Wikipédia dans votre classe non seulement comme source d’information mais comme espace de rédaction et de construction de connaissances. »

Pourquoi pas ? Dans une autre vie, j’ai d’ailleurs été l’une des premières enseignantes en France à expliquer de façon critique le fonctionnement de cette plate-forme de publication, parmi tant d’autres sur Internet. Il faut surtout comprendre que Wikipédia, qui promeut l’éducation informelle tout au long de la vie ;-), milite ici pour sa propre reconnaissance et sa professionnalisation, en faisant appel à la communauté éducative qui fait autorité depuis des décennies dans l’acquisition des savoirs.

« Vous n’êtes pas la première personne à faire cela, et quelques-uns de ces projets ont contribué à enrichir le contenu de Wikipédia. »

Certes. Mais la force du nombre ne fait pas tout.

« Les intérêts de ce type de travail sont la confrontation avec une communauté de travail réelle, mais aussi la satisfaction d’une production immédiatement publiée et disponible en ligne. »

  • Rendez-vous sur Twitter ou d’autres, écoutez le pouls du web … Nulle spécificité ici. Les communautés de travail ne sont pas une spécificité wikipédienne, ne leur en déplaise.
  • Promouvoir l’immédiateté comme valeur, est-ce la volonté de la communauté éducative ? Permettez-moi d’en douter.

« Le fruit du travail des étudiants est appelé à rester en ligne, voire servir de référence au lieu d’être oublié après son rendu sur papier. »

Suffit-il d’être publié et de publier pour ne pas être oublié ? Chaque jour, sur Internet, des individus se confrontent avec courage et inconscience à cette réalité : être publié ne suffit pas pour être lu ni pour être lu par la cible que l’on vise. Un banal constat, parfois douloureux, toujours créatif, qui se heurte ici à une promesse sournoise.
Collègue enseignant qui s’apprête à travailler gratuitement pour Wikipédia avec tes élèves au nom du savoir, de qui parle-t-on sans le nommer lorsque l’on évoque le rendu sur papier condamné à l’oubli ?

Un raccourci et une vision qui me choquent.
Viens. Viens produire du contenu chez nous. On s’en occupera mieux que chez toi.
Et surtout considère comme noble de transformer nos enfants en simples ouvriers producteurs de contenus pour notre grandeur, de laquelle nous t’éclabousserons peut-être si nous le daignons.

Autant vous le dire, lorsqu’on parle d’éducation et de numérique, je ne crois pas et je n’ai jamais cru qu’il fallait se contenter d’une vision « iceberguienne » idolâtrice d’un statut d’auteur en quête d’une reconnaissance obtenue par le geste rédempteur de la publication. Une publication que tout le monde peut vivre aujourd’hui. Car oui, tout le monde peut être publié, avec ou sans Wikipédia aujourd’hui.

De la même manière, je ne regarde ni avec innocence ni avec complaisance les entreprises menées par d’autres plate-formes que vous connaissez tous.

Qu’attends-je à vrai dire ? Beaucoup plus que cette vision a minima de la construction des connaissances via le numérique promue par Wikipédia.

J’attends :

  •  que mon enfant apprenne l’histoire et le fonctionnement de ces économies de la contribution qui ne disent pas leur nom.
  • que la communauté éducative n’embrasse pas de façon idôlatre et simpliste les tenants d’une économie du savoir qui se réfugient derrière de grands principes pour mieux faire travailler gratuitement des enfants qui n’en demandent pas tant.
  • que l’on ne fasse pas de Wikipedia une finalité mais une étape parmi d’autres.
  • que mon enfant apprenne comment créer Wikipédia ou Google et non pas simplement comment les nourrir.

Et vous l’aurez compris, j’attends de Wikipédia, dont je suis une utilisatrice attentive, qu’il paye par exemple une agence de communication pour choisir des éléments de langage qui ne soient pas aussi méprisants ni simplistes… enfin, bref, qu’il considère un peu mieux la communauté éducative qu’il prétend éduquer et qu’il cherche en fait à faire travailler pour lui… et qu’il acte que, parfois oui, il faut savoir payer ;-), y compris les rédacteurs qu’ils souhaitent utiliser, … en l’occurence, nos enfants.

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